La machine du train 44

»Les roues des différentes machines, qui ont évolué dans la nuit sur la ligne de parcours où gisait le cadavre, ont été examinées avec soin.

»A celles de la machine du train 44 adhéraient encore des fragments d'os ainsi qu'une touffe de cheveux d'un blond laineux,—les taches de sang, qui auraient dû accompagner ces fragments et cette touffe, n'ayant pu résister à l'action de l'averse.

»Or, le train 44 arrive de Cherbourg à deux heures vingt-cinq.

»On peut donc présumer que c'est à deux heures environ—c'est-à-dire au moment où l'orage atteignait à son paroxysme—que le personnage dont il s'agit, après avoir reçu le coup mortel sur le pont de l'Europe, a été projeté sur la voie du chemin de fer, par-dessus le parapet.

Les gardiens de la paix

»On nous demandera, non sans un semblant de logique:

»—Que faisaient les gardiens de la paix chargés de surveiller le quartier, pendant que ce crime s'accomplissait sur la place de l'Europe?

»Ici, certains de nos confrères ne manqueront pas de répéter que le corps des anciens sergents de ville pratique avec religion la philosophie péripatéticienne et professe une dévotion toute particulière pour la maxime: Festina lente...

»Et nous savons des esprits chagrins qui profiteront de l'occasion pour réclamer une fois de plus la suppression de ces braves gens qu'il est si doux de contempler, arpentant le trottoir, causant deux par deux, trois par trois, de choses honorables, et présentant, comme l'a dit un écrivain célèbre, l'image consolante de cette suprême tranquillité qui est la récompense des justes aux Champs-Elysées de la Fable.