Quelques signatures tronquées au bas de certains actes judiciaires l'avaient envoyé et retenu au sein d'une fabrique de chaussons de lisière instituée—à Clairvaux—par les soins du gouvernement.

Il est vrai, ainsi qu'il l'affirmait lui-même, qu'il en était sorti emportant l'estime de ses chefs et la confiance de ses camarades.

La confiance de ces derniers avait été telle qu'ils s'étaient empressés de mettre l'ancien avoué en rapport avec leurs «collègues de la capitale».

Les fastes du Palais et la chronique des tribunaux établissent, d'une façon irréfutable, que tout malfaiteur de profession vit à cheval sur plusieurs affaires.

Si l'une rate, les autres lui restent.

Si celle-là le place sous la main de la justice, il se réserve de terminer celles-ci à l'expiration de sa peine; à moins—ce qui arrive fréquemment—qu'il ne les céde à des confrères non serrés (encore libres) ou à des tiers qui lui en achètent l'idée, le plan, les préparatifs et les instruments.

En argot, cet acte de comploter un chopin (coup) s'appelle nourrir le poupard.

Me Bouginier prenait les poupards en sevrage.

Il en avait un répertoire des mieux fournis, comme les agents matrimoniaux ont un catalogue d'héritières. Il les élevait, les soignait, les mijotait—et les passait au plus offrant, en prélevant une commission qui lui permît de subvenir avec avantage aux besoins de sa famille et de tenir état dans le monde.

Il n'ignorait pas, cependant, que la loi—chapitre des Complices—assimile aux auteurs d'un crime ou d'un délit ceux qui ont fourni des instructions pour commettre ce crime ou ce délit, et qu'elle les punit de la même peine.