Elle courut les magasins, les couturières et les modistes, accepta les invitations envoyées à sir Samuel par les membres de la colonie étrangère et se montra dans leurs salons, au Bois, aux courses, dans toutes les kermesses de bienfaisance.
Toujours seule, d'ailleurs: son oncle supposé se gardait bien de l'accompagner.
Pour justifier son éloignement des réunions et des plaisirs du monde, le gentleman alléguait des motifs de santé: la traversée l'avait considérablement fatigué, et son médecin lui ordonnait de prendre quelques mois de repos.
Dans cette existence tourbillonnante, toute de niaiseries et de secousses nerveuses, la mignonne ne s'était jamais rencontrée face à face avec Roger.
En revanche, il ne se passait pas de jour que la rumeur publique n'apportât à son oreille un fragment de l'épopée amoureuse du jeune homme.
Tantôt c'était sa fleuriste qui regrettait en ces termes de ne pouvoir lui vendre un bouquet de camélias:
—On en fera un pareil pour mademoiselle, si elle le désire; mais celui-ci m'a été commandé et payé d'avance par M. Roger de Saint-Pons: je dois l'expédier tout à l'heure à mademoiselle Gravier.
Tantôt c'était son coiffeur qui s'excusait ainsi d'être arrivé en retard:
—Je sors de chez madame Sergine, vous savez, celle qui est actuellement avec le petit marquis de Saint-Pons?... En voilà un qui est toqué d'elle!... Et, cependant elle n'a pas le quart des cheveux de mademoiselle!
Tantôt, c'était la feuille «la mieux renseignée de Paris» qui lui tombait sous la main et dans laquelle elle lisait à l'article Indiscrétions: