Ces cheveux étaient, on s'en souvient, d'une nature toute particulière: roussâtres et crépus comme du crin,—les cheveux d'un nègre blond, s'il pouvait s'en rencontrer d'une toison de cette couleur.

L'ex-détective les avait examinés avec une non moins scrupuleuse attention.

Puis, comme s'il se parlait à lui-même:

—Il me semble, avait-il murmuré, que je connais ce malheureux.

—Est-il possible! n'avaient pu s'empêcher de s'écrier d'une commune voix les deux magistrats et le policier en chef.

—Permettez-moi de m'expliquer, poursuivit l'ex-brigadier. Quand je dis que je le connais, je ne prétends pas insinuer que j'ai eu avec lui des rapports, des relations d'une durée, d'une nature quelconques, et que je suis, dès à présent, en mesure de vous renseigner sur son nom et sur sa position sociale...

Non: je veux seulement dire que ces deux cheveux-là ne me sont pas inconnus et que je les ai déjà eus devant les yeux ici ou là... sur la tête de quelqu'un...

Maintenant, où, quand et dans quelles conditions cette rencontre s'est-elle produite? C'est ce qu'il n'est pas en mon pouvoir de déterminer pour l'instant. J'ai beau chercher, fouiller dans le passé, interroger mes souvenirs: ceux-ci demeurent rebelles à mes efforts, le passé reste couvert d'ombre, et mes recherches, hélas! n'aboutissent à rien!...

Ce qu'il y a de constant, par exemple, ce que j'affirme et ce que je soutiendrais sur ma vie, c'est que je me suis trouvé en contact avec cet homme dans une circonstance qui m'échappe, mais qu'il faudra bien que je finisse par ressaisir...

Laissez-moi me recueillir, penser, fureter dans mon cerveau...