Son rêve était de trôner dans le comptoir d'un café, entre deux urnes de métal d'Alger remplies de petites cuillères,—adossée à une glace, habillée de soie et coiffée dès l'aube crevant,—et d'étager des morceaux de sucre sur des rondelles de plaqué, tout en poussant le public à la consommation par l'artillerie de ses œillades et le bouquet de ses sourires.
Justement, il y avait un de ces établissements à prendre sur le boulevard extérieur, à côté de la Boule-Noire.
Bon poste et excellente clientèle. Tous les habitués du bal. Pas un sou de crédit: quand les messieurs n'ont pas de monnaie, ce sont les dames qui financent. Et gentils, et coquets, et rigolos, ces jeunes gens! Il n'est pas défendu de faire un choix et de mêler ainsi l'agréable à l'utile.
Or, pour devenir titulaire de l'estaminet du Poisson fidèle, il ne s'agissait que d'avoir un peu d'argent et un peu de crédit.
Du crédit, la femme de chambre espérait en trouver suffisamment, sur sa bonne mine.
De l'argent, par exemple, elle n'en n'avait guère: le beau Sigismond—le cocher de madame Ambroisie, l'une des camarades de théâtre de Sergine Gravier—lui avait, en effet, coûté les yeux de la tête.
Pour combler ce déficit, l'ingénieuse fille s'était mise à économiser soigneusement... ce qu'elle entendait chez sa maîtresse.
Et elle entendait beaucoup, car elle écoutait beaucoup.
C'était surtout lorsque le sieur Marignan causait avec la comédienne que la soubrette collait de préférence son oreille au battant des portes et son œil au trou des serrures.
De cette façon, elle avait surpris facilement le secret de la machination—aussi simple qu'habile—dont la Filleule de Lagardère et M. de Saint-Pons avaient été les deux victimes.