—On vous a dit...
—On m'a dit, poursuivit Roger dont la voix, quoique contenue, vibrait avec des éclats de menace étouffée, on m'a dit qu'après vous être associée à ce misérable pour me voler mon bonheur, vous étiez encore de moitié avec lui pour essayer de me prendre ma vie... On m'a dit cela, et, si j'étais de la race de ce faux gentilhomme, vous auriez tout à redouter de l'explosion des sentiments que vous m'inspirez... Mais, Dieu merci! si je me sens désarmé devant une femme, quelque vile et quelque criminelle qu'elle soit, je vais pouvoir trouver, du moins, à portée de ma main, une face et une poitrine d'homme...
Sergine le considérait avec plus de curiosité que de frayeur.
Elle poussa un soupir de soulagement.
—De sorte, fit-elle, que vous avez découvert le pot aux roses?... Eh bien, je n'en suis pas fâchée: ça finissait par me peser comme du foie gras sur l'estomac... Par exemple, vous attesterez que ce n'est pas moi qui ai vendu la mèche...
Elle ajouta avec volubilité:
—Pour ce qui est de mon ancien amant, faites-en des copeaux, des boulettes, des miettes, je m'en soucie comme d'une vieille robe. C'est pour vous que je brûlerai un cierge. La colère vous va comme un gant. Vous me trépigneriez un brin que je crierais que c'est pain bénit et que je n'ai que ce que je mérite!...
—Je vous répète, reprit M. de Saint-Pons, que je n'ai affaire qu'à cet homme. Vous devez savoir où il m'attend. Allons, conduisez-moi vers lui. Je suis aussi impatient de le tenir sous mon mépris qu'il a hâte sans doute de me sentir au bout de son épée de spadassin.
Ils avaient marché. On chuchotait autour d'eux. L'actrice s'arrêta:
—Inutile d'aller plus loin.