En semaine, et sitôt que le soleil se couche, cette zone des halliers suburbains,—d'une laideur désolée à laquelle rien ne se peut comparer,—devient plus sauvage que les solitudes de la Sonora, et je suis persuadé que, s'il ne s'y commet pas une foison de crimes, c'est uniquement parce qu'aucun être ne s'y hasarde qui vaille la peine d'être assommé.

Mais c'était un dimanche, et, le dimanche, Paris descendrait à la cave plutôt que de ne pas sortir de chez lui.

Il faisait jour. Il faisait beau. On voyait là de pauvres honnêtes familles si peu habituées au vert qu'elles prenaient pour de l'herbe les souillures du sol.

On y voyait des enfants qui jouaient, des troupiers qui se baladaient, des mendiants qui cherchaient fortune dans cette misère, et quelques couples prodigieux: Desgrieux, de retour de Poissy, et Manon Lescaut, échappée de Saint-Lazare.

Des gobe-mouches et des ivrognes brochaient sur le tout: les uns, vaguant, le nez en l'air, et contemplant avec une religion muette les nuages du bon Dieu et les cerfs-volants des gamins; les autres, zigzaguant, la tête basse, et tenant des discours éloquents aux cailloux.

Jacques Perrin pouvait être rangé dans la première de ces deux classes.

L'ami Dick ne le remarqua point.

Il se dirigeait vers un îlot de cahutes qui faisait tache dans la plaine et que l'on appelait Pantin-la-Guenille ou le Camp-des-Chiffonniers.

Dans un précédent récit, nous avons décrit ce campement original et pittoresque des Pawnies de la hotte et des Sioux du crochet.

Tout y dort dans la journée: rentrés à l'aube dans leurs taudis, chiffonnières et chiffonniers cuvent, jusqu'à ce que les réverbères s'allument, la fatigue du travail nocturne et aussi la pesante ivresse du casse-poitrine ou du petit-bleu.