Ces trois personnes étaient Florette, Eliane, sa chère et douce protectrice, et la mère Marthe-du-Rosaire, supérieure de la communauté.
C'était la jeune fille qui parlait.
Lorsque la nuit précédente, abattue, écrasée, anéantie par l'incroyable dépense d'énergie à laquelle il lui avait fallu se livrer pour jouer son rôlede deus ex machinâ dans les violentes péripéties de la veille, lorsque, disons-nous, elle était venue frapper à la porte de la maison hospitalière, cette porte s'était ouverte devant elle sans aucune question des dignes sœurs, qui l'avaient reçue comme une brebis rentrant au bercail après l'orage.
Toute la journée, la torpeur de la réaction, traversée çà et là de crises nerveuses, l'avait retenue sur son lit,—le petit lit dont les rideaux blancs avaient enveloppé le tranquille sommeil de la pensionnaire d'autrefois.
Maintenant, plus calme et plus forte, elle se confessait tout entière.
Elle expliquait ce qu'elle fuyait, ce qu'elle cherchait en se réfugiant dans le pieux asile.
Elle affirmait son immuable volonté de n'en sortir que pour devenir la femme de Roger de Saint-Pons, et, si elle ne pouvait appartenir à celui-ci, de n'être désormais qu'au Seigneur.
Le front baissé sous leur coiffe aux larges ailes, et les mains ensevelies dans les manches de leur robe de laine blanche, impassibles en apparence, mais profondément remuées à l'intérieur par l'émouvante et étrange histoire, ses deux auditrices ressemblaient à deux statues du Recueillement et du Mutisme.
Tout à coup, des bruits singuliers interrompirent la mignonne.
On s'agitait au dehors, on discutait avec éclat, des portes s'ouvraient brusquement, des pas pressés retentissaient...