Aussi, lorsqu'elle s'était montrée au Bois, pour la première fois, avec le riche Américain et dans la calèche de celui-ci, n'y avait-il eu qu'une voix pour célébrer sa souveraine aisance à porter sa récente fortune et les modes de la saison.

Ce jour-là, Roger de Saint-Pons, qui avait appris par son père la transformation de Florette en miss Eva et qui avait, lui aussi, senti son cœur s'ouvrir à toutes les espérances,—Roger qui cherchait par tous les moyens à retrouver sa bien-aimée,—Roger qui chevauchait au milieu de la foule des promeneurs, avait croisé la voiture de l'Américain.

Le jeune homme avait salué.

La jeune fille avait rougi.

Le pseudo-Samuel, qui accompagnait notre héroïne, s'était aperçu de ce double mouvement.

De suite il avait flairé amoureux sous roche.

Malheureusement, il ne lui était point facile de surveiller hors de chez lui les faits et gestes de la mignonne.

Toute rencontre fortuite avec quelque citoyen des Etats-Unis ayant présents à la mémoire les traits du véritable Murphy, devant nécessairement entraîner la découverte de la substitution opérée et mettre la justice sur la trace du crime commis, Richard Vautier—rendons-lui ce nom pour un moment—s'était imposé une retraite presque absolue dans laquelle il attendait avec une impatience fébrile que la réalisation de la fortune de sa victime lui permît de quitter Paris et de se fixer en province, ainsi que nous l'avons entendu en dénoncer l'intention.

Au cours de cette attente, de cette séquestration forcée, ne pouvant accompagner la jeune fille lorsqu'elle sortait, il la faisait suivre par Jim et espionner, jusque dans ses moindres démarches, par le reste des serviteurs dont il l'avait entourée.

L'aimait-il donc?