La jeune fille, debout de l'autre côté de la table, attendait,—plus blanche que le papier qu'il tenait du bout de ses doigts tremblants...

Le lieutenant parcourut rapidement les premières lignes de la missive.

Ensuite, il poussa un grand cri et chancela sur sa chaise.

Denise fit un mouvement pour s'élancer vers lui.

Mais un geste impérieux la cloua à sa place. Philippe s'était frotté les yeux d'un énergique revers de main et s'était replongé, tête baissée, dans sa lecture.

Philippe était arrivé, d'un bond, au cœur des révélations du marquis. Il en reprenait chaque phrase, l'une après l'autre; il en pesait chaque mot un par un, et la stupéfaction, le doute, la colère se traduisaient par le gonflement des veines de ses tempes, bleuies comme par une congestion cérébrale, par le claquement de sa langue sèche contre son palais et par le mouvement de son pied droit qui fouillait le plancher du talon et de l'éperon...

Quand il eut achevé sa lecture, il se dressa avec raideur et fit vers la jeune fille un pas automatique. Son bras s'allongea lentement, aussi lourd que s'il eût été de marbre. Il présenta le papier à sa sœur, et sa voix,—rauque,—demanda:

—Est-ce vrai?

Denise baissa le front...

—Est-ce vrai? Est-ce vrai? répéta le soldat,—menaçant, exaspéré, terrible...