A dire de statistique, Vittel compte un chiffre rond de treize cent quarante-cinq habitants. Les Guides Conty, Joanne et autres ne mentionneraient pas même son nom, si ce gros bourg—perdu sur les marches grasses et plates des Vosges et de la Haute-Marne—ne s'était avisé, depuis une vingtaine d'années, de devenir une buvette d'eaux minérales.

A l'époque où nous y transportons notre récit, la nouvelle et récente organisation de la France en départements venait d'en faire ce qu'il est demeuré depuis: un modeste chef-lieu de l'arrondissement de Mirecourt.

C'était un beau dimanche ensoleillé et gai,—le surlendemain de la visite de notre officier au juge de paix.

Dès le matin, les cloches avaient carillonné à toutes volées. Elles pouvaient le faire sans craindre d'être fondues pour fournir des canons à la République: la République avait des canons à revendre,—ayant raflé ceux de l'ennemi,—et la paix, signée par le premier consul Bonaparte avec l'Eglise comme avec l'Europe, permettait aux cloches de sonner autre chose que le tocsin.

Le concordat venant de rouvrir les portes des édifices consacrés au culte, la population du bourg assistait chaque dimanche à l'office divin avec un empressement recueilli.

Parmi les fidèles qui, ce jour-là, encombraient la nef campagnarde, vous auriez retrouvé la plupart des personnages de notre drame.

Au banc-d'œuvre, dans le chœur roman, le citoyen Thouvenel, avec les membres de la municipalité, et, à côté de ceux-ci, à la place d'honneur qui leur avait été spontanément offerte, le lieutenant Hattier et sa sœur.

Ç'avait été tout un frémissement dans la foule, lorsque la fille du garde-chasse, qui, d'ordinaire, s'agenouillait devant une messe basse en compagnie de Florence Arnould, avait, sur le deuxième coup de bourdon de la grand'messe, monté les degrés de l'église, appuyée au bras de Philippe.

Jamais elle n'avait paru plus charmante aux yeux émerveillés de «la jeunesse» de l'endroit.

Elle ne possédait pas, pourtant, cette éclatante santé,—vermillonnée et rebondie,—qui ravigote si violemment les galants de village.