Leurs yeux se brûlaient. Leurs bouches se touchaient presque. Vous auriez juré d'une lionne prête à se jeter sur un tigre. La femme fronça le sourcil et murmura:
—Prenez garde!
L'homme haussa les épaules et répondit:
—A quoi?...
—Il y a des lois, des juges qui vous arracheront l'enfant que vous prétendez me voler.
—Invoquez-les, si vous l'osez.
Denise baissa la tête.
Le paysan continua:
—Adressez-vous, si bon vous semble, au citoyen Thouvenel, qui est avec le commandant de la force armée de l'arrondissement comme la culotte avec la chemise,—ou mieux encore, au commandant de cette force armée lui-même, à Philippe Hattier, à votre frère, et tenez-leur quasi ce langage à tous deux:
«J'avais menti en affirmant que le bâtard de Gaston des Armoises était mort... Ce bâtard existe. Je suis sa mère. On me l'a pris. Je le redemande... Je le redemande à la face de tous... Qu'est-ce que ça me fait, ma honte rendue publique? Qu'est-ce que ça me fait que le nom que je porte,—qui était celui d'un brave soldat, qui est celui d'un brave officier,—soit couvert de la boue de ma faute, et que les éclaboussures de cette boue rejaillissent jusque sur une tombe?... Qu'est-ce que ça me fait, le bruit, l'esclandre, le scandale, les propos, les huées, les sifflets, le charivari? Un quidam a recueilli l'enfant illégitime: il le détient, il le cache, il prétend m'empêcher de produire cette preuve de mon déshonneur... J'exige qu'on arrête ce quidam, qu'on le poursuive, qu'on l'emprisonne...»