—Celui-là n'aurait qu'à demander!... Tout ce que je possède ici-bas!... Ma reconnaissance, mon sang, mon âme,—toute ma vie!...

Puis, se laissant retomber par un revirement soudain, et secouant la tête avec découragement:

—Mais non, ce serait trop de bonheur!... Je dois subir la peine de la faute commise... Vous vous abusez, citoyen, ou vous cherchez à m'abuser...

Joseph Arnould lui prit la main, et d'un ton persuasif:

—Ma chère petite, je ne m'abuse que lorsqu'il y a cause majeure, et vous êtes trop en mon pouvoir pour que je cherche à vous abuser. Rien de plus simple et de plus facile que ce que je viens de vous proposer. Suivez plutôt mon raisonnement:

Vous êtes demoiselle,—je suis célibataire,—nous sommes libres et majeurs. Nous nous marions le même jour que Philippe et la Benjamine. Et, sitôt la double cérémonie terminée, j'extrais votre Georges de la retraite où je l'ai provisoirement consigné; c'est un enfant orphelin que nous adoptons et que je fais nôtre; il s'assied à notre foyer, il devient de notre famille, et je l'institue mon légataire universel, au cas où la bénédiction de la sainte Providence ne s'étendrait point sur notre union...

—Moi, votre femme! s'exclama la fille du garde-chasse, en retirant sa main avec une horreur non déguisée.

Joseph demanda doucement:

—Y connaissez-vous quelque obstacle ou vous y sentez-vous quelque répugnance?

Sa voix ne haussa point la note, mais se fit plus aiguë et plus dure: