La servante s'approcha.
—J'ai le plus grand intérêt, poursuivit Philippe, à ce que tout le monde ignore que cet enfant,—au service duquel vous allez être attachée désormais,—est le fils d'un de mes anciens compagnons d'armes...
—De votre régiment?...
—De mon régiment.
—Tué à la guerre peut-être?...
—Tué à la guerre, précisément... Maintenant écoutez, ma fille: Vous allez prendre ce petit homme, qui ne pèse pas lourd, hélas! et que j'ai tiré, ce matin, de l'hospice des orphelins d'Epinal pour achever de le rétablir—par l'air salubre de la campagne—d'une longue, cruelle et bizarre maladie... Vous le porterez là-haut, dans la chambre de votre maîtresse; vous le coucherez dans le lit que vous avez préparé, et vous veillerez à son chevet jusqu'à ce que ma sœur vienne vous remplacer. S'il paraît agité, vous nous avertirez tout de suite. Comportez-vous convenablement avec lui: le malheureux ne vous fatiguera point de ses exigences. Il est muet...
—Muet! s'exclama la servante.
—Muet! répéta la jeune femme.
—Si ce n'était que cela encore!...
Philippe toucha du doigt son front avec un geste tellement significatif, que Gervaise s'écria en joignant les mains: