C'est en épiant son délire, c'est en recueillant, en rassemblant les lambeaux de phrases incohérentes qu'il laisse échapper au cours de ces heures agitées par mille visions sinistres, que nous avons abouti, M. de Bernécourt et moi, à nous convaincre de ceci: que le malheureux s'est trouvé mêlé à une épouvantable catastrophe...

Cette catastrophe, tout dénonce qu'il a failli en devenir la victime...

C'était la nuit... Une femme le sauva... Cette nuit-là, deux hommes durent être assassinés...

Où? quand? dans quelles circonstances?...

Il semble l'ignorer ou l'avoir oublié,—tant la terreur qui s'abattit sur lui en ce moment paraît avoir troublé, paralysé ses sens!... Mais à Vittel certainement, ou dans les environs; car c'est de Vittel qu'il nous a été amené... Et, certainement encore, la nuit qui précéda son arrivée à Epinal...

Mais c'est ce qu'il nous dira plus tard, lorsque le temps, le calme, une sollicitude de tous les instants auront rendu la vie à son intelligence et les forces à son corps...

Les médecins qui l'ont assisté attendent les meilleurs résultats de sa jeunesse pleine de ressources et d'un repos réparateur, dont l'action s'activera de l'air et de la vue des champs, au milieu desquels tout nous fait supposer que s'est écoulée son enfance. Moi, ma Denise, j'attends tout de ton bon, de ton vaillant cœur...

Veux-tu servir de mère à l'orphelin? Veux-tu ramener la lumière dans cette intelligence dont le trouble assure l'impunité aux bandits qui ont frappé Gaston?...

—Les bandits qui ont frappé Gaston! s'écria Denise, qui se leva droit sur ses pieds à cette révélation inopinée.

Philippe poursuivit avec énergie: