Ce dernier était le premier praticien de la ville. Comme il habitait à deux pas,—sur la place de l'Atre,—il n'avait pas été longtemps à accourir. M. de Bernécourt le mit brièvement au fait de ce dont il s'agissait.
Le médecin s'approcha du malade. Il considéra avec attention ce visage altéré par la fièvre, ces grands yeux maintenant clos, mais dont on devinait l'éclat sinistre sous les paupières abaissées, ces lèvres frémissantes, ces membres raidis; puis, d'un air soucieux:
—Le sujet, déclara-t-il, me paraît affecté d'un système nerveux excessif, dont l'irritabilité a reçu un choc formidable. Il y a eu chez lui ébranlement cérébral complet. La méningite est imminente. Seulement, peut-être est-il encore possible de la conjurer par une médication énergique... Mais il serait urgent de le transporter sur-le-champ à l'hospice des orphelins...
—J'aurais vivement désiré, reprit M. de Bernécourt, que ce transport s'effectuât sans que personne s'en aperçût par la ville...
—Pourquoi, demanda l'ecclésiastique, ne pas employer le moyen dont j'ai usé pour vous amener l'intéressante créature? Mon cabriolet est à la porte, et l'on m'a vu assez souvent visiter ou conduire à l'hospice Saint-Maurice quelque orphelin de ma paroisse, pour que je puisse y déposer notre malade sans éveiller l'attention.
La proposition fut adoptée avec empressement et mise immédiatement à exécution.
Moins d'un quart d'heure plus tard, le garçonnet était installé dans une chambre particulière de l'établissement de charité que nous venons de désigner, et après avoir transmis aux religieuses chargées de l'assister les instructions spéciales de M. de Bernécourt, le médecin, sans perdre une minute, prescrivait, appliquait les remèdes qui devaient combattre le mal.
De son côté, avant de regagner sa cure, où une plus longue absence aurait été remarquée, le desservant de Vittel prenait congé du directeur du jury d'accusation, qui le remerciait, qui le félicitait énergiquement du précieux concours apporté à la justice par son idée, par sa démarche. Il lui recommandait, en même temps, de continuer à garder le silence le plus absolu au sujet de cette démarche et de l'aventure nocturne qui l'avait motivée.
En effet, le magistrat avait tenu conseil avec le lieutenant Hattier, et, de leurs réflexions, de leurs combinaisons, de leurs calculs était née la résolution de ne rien porter à la connaissance du public du fait révélé par le digne abbé Brossard. Les deux huissiers, le docteur et les bonnes sœurs de l'hôpital avaient été stylés en conséquence. L'enfant inconnu serait soigné en secret. Si le ciel lui accordait la grâce de se rétablir, si la science lui rendait l'exercice de ses facultés, alors il parlerait sans doute...
Au besoin, on le transférerait à Vittel...