Les deux complices avaient escaladé les murs du parc. Puis, tandis que Sébastien, dessinant un détour, gagnait la futaie par derrière, gravissait le tronc d'un hêtre et s'installait, comme à l'affût, au milieu des branches dont le feuillage le recouvrait entièrement, François rampait dans l'herbe le long du pavillon et se glissait sous le lierre, à la place même où leur aîné s'était baugé, de nuit, quelque temps auparavant.

Il ne faudrait point se dissimuler ceci: les deux cadets du Coq-en-Pâte étaient—en somme—d'atroces bandits.

La vie de leur prochain—encore qu'il fût issu de leur chair et de leur sang—ne pesait pas plus à leur morale primitive et au bout de leur bras robuste qu'au coin de leurs lèvres la courte pipe façonnée dans une racine de buis.

Marianne avait, du reste, recordé les deux jumeaux. La virago avait ses projets.

—Allez de l'avant, avait-elle dit. Pas l'ombre d'un risque à courir. Les braconniers du parc abominent notre aîné. Tout le monde s'imaginera que c'est l'un d'eux qui a fait le coup pour se venger. Pas vus, pas pris... Les balles, d'ailleurs, c'est comme l'argent: ça n'a pas de maître. De fil en aiguille, nous ne sommes plus que trois à partager l'héritage de la vieille. On s'arrange pour qu'elle ne nous le fasse pas attendre. L'auberge, le trésor, le château, le domaine, tout est à nous, et la dentelière vous reste!...

—Bravo, bijou! s'était exclamé l'un des frères, et nous la jouerons, la Denise, aux quilles, aux cartes ou au couteau!

—Je veux bien la jouer, avait grommelé l'autre; mais si je perds, gare au gagnant!

C'était dans ces dispositions que les deux complices étaient venus prendre leur poste dans le parc. Du sien, François écoutait attentivement tout ce qui s'échangeait—à l'intérieur du pavillon—entre son aîné et la fille de l'ancien houzard. Mais, jusqu'alors, il n'y avait pas compris grand'chose, n'étant point au courant de la situation, et c'était en se retournant d'impatience dans sa cachette, qu'il avait froissé les lierres qui l'enveloppaient.

Certes, il fallait que Joseph Arnould fût tout entier aux sentiments qu'avaient éveillés en lui les dernières paroles de Denise, pour qu'il n'entendît point ce bruit. Ces sentiments étaient la surprise, d'abord, puis l'incrédulité, combattue par l'appréhension. Pour le moment, il essayait de plaisanter:

—Mourir! vous badinez, ma mie! Est-ce qu'on se périt à votre âge, lorsque l'on a votre beauté, vos avantages et votre avenir? Sacrebleu! c'est bon dans les livres et les comédies.