—Ma biche, pour détourner de sa famille une demoiselle de votre poids et la transplanter maritalement dans le chef-lieu des délices, de la galette et du coco, faut de la braise en conséquence, sous peine de caner la pégrène.

—De la braise?... Caner la pégrène?...

—Hé! oui: de la braise, des picaillons, de la douille, du poignon, quoi! Des espèces sonnantes en patois. Caner la pégrène, crever la misère, gambiller devant le buffet, se crêper le chignon de détresse de n'avoir rien à se mettre sous les quenottes: quand il n'y a point de foin au râtelier, les chevaux se battent. Comment espérez-vous réussir à Pantruche (Paris) si vous ne savez pas dévider le jars et chinoiser jaspin (parler argot), qui est la façon de s'exprimer dans les salons des trois Consuls et de la meilleure société?

—De l'argent, j'en aurai, avait déclaré Marianne.

—Il en faut beaucoup, mon cœur.

—J'en aurai beaucoup.

—Et où le prendrez-vous, sans indiscrétion?

—Ma mère en a. Nous serons deux pour l'emporter.

Joë s'était gratté l'oreille:

—Avec ça qu'elle se gênera pour jeter les hauts cris, la citoyenne votre maman... Et puis, messieurs vos frères, qui ne sont pas commodes... Sans compter la gendarmerie, laquelle pourrait bien s'en mêler...