L'excitation du travail lui mettait aux joues une flamme rose, elle avait de bons yeux d'un vert lumineux, un grand air de jeunesse et de loyauté. Hélène, penchée sur l'œuvre où l'éclatante couleur était encore humide, admirait ce faire savant et dégagé, cette sincérité de rendu qui avaient valu à la jeune femme tant de sympathies et de dénigrements. Et comme elle louait d'autres études, Andrée Vergnes disait gaiement :

— Le tour du propriétaire, alors?

Modestement, elle indiquait quelques dessins, une ou deux toiles dont elle n'était pas mécontente. Devant un pastel de vieille femme, d'une vie intense, Hélène soupira :

— Quel malheur que ce ne soit pas vous qui ayez fait le portrait de ma mère!

Elle expliquait : oui, une offre aimable de Dormoy… il était pourtant réussi, son pastel. Mais quelle différence d'un talent purement habile à cet art magistral, dont l'émotion forte et la simplicité faisaient mieux paraître l'artificielle médiocrité de l'autre. Andrée Vergnes avait laissé tomber la remarque. Hélène se rappela la réserve avec laquelle celle-ci, à l'Exposition du peintre, avait jugé son œuvre.

— Vous n'avez pas l'air d'aimer Dormoy? dit-elle.

— Parlons d'autre chose, fit Andrée. Je déteste débiner les camarades.

Mais devant la contenance d'Hélène qui lui laissait deviner une arrière-pensée, elle obéissait à un brusque besoin de confiance, cédait à la sympathie chaleureuse qui, dès le premier jour, l'avait attirée.

— Que voulez-vous! Passez-moi ce mot d'argot : j'ai horreur des muffes. Dormoy a des familiarités qui me déplaisent.

Sans remarquer le petit haut-le-corps d'Hélène, elle continuait :