— A ce propos, je suis bien heureux de te dire ce que je pense… Et avec ironie : — Tu es majeure, tu es libre, c'est entendu. Cela n'empêche que ta conduite n'a pas le sens commun : c'est de la folie pure. Tu te permets de juger? Tu en sais plus que les tiens, que ta mère? Contente-toi donc de l'imiter. Imagines-tu que tu vas rénover la société? C'est à se tordre! En attendant, tu n'as fait que me nuire. Parfaitement. Mes intérêts sont dans la main de notre oncle. Tu n'aurais pas dû l'oublier ; la famille d'abord. Une jeune fille ne doit pas sortir de son rôle. Tu n'es ni sœur de charité, ni médecin. Et laisse-moi te le dire, tu t'occupes depuis quelque temps de choses qui ne conviennent pas à une personne de ton monde et de ton éducation. Tu as des amies qui te troublent la cervelle. Borne-toi à plaire, cherche un mari!
Le sang au visage, Hélène se contint :
— Tu as fini?
— J'ai fini, dit André, soulagé ; mais au détour d'un massif, il aperçut de loin Germaine et Vernières sur la terrasse, et affectant un visage souriant : — Parlons d'autre chose, fit-il.
Hélène le regarda :
— Mon pauvre André, nous ne nous entendrons jamais.
Germaine les reconnut, poussa un Eho! joyeux. On vit alors Yvonne assise sous un grand tilleul, dans une pose savante, et près d'elle Dormoy courbé sur son chevalet. Ils se levaient, venaient tous quatre au-devant d'eux.
— Ça va? dit André, avec un regard de dédain aux fines bicyclettes. Il n'admettait que le motocycle. — Et Du Marty?
— A Paris, dépêche d'affaires. Rendez-vous au haras de Vaucresson : un nouveau cheval…
« Encore? pensa Hélène ; il s'absentait bien souvent. Très absorbant, ce métier-là. »