— Je ne vous ai pas découragé.


Les adieux, le retour. Dans le landau à la place d'Yvonne, Louise Guilbert à son côté, Hélène revoyait, impressionnée, l'étrange scène surprise au départ : Ythier-Bourrel prenant congé de Germaine avec une galanterie insistante ; André sautant dans la charrette anglaise, s'en emparant au moment où Louise et elle s'approchaient, et disant d'un ton sec :

— Vous venez, Germaine? Ces demoiselles rentrent avec père!

Cela, sans un mot d'explication, d'excuse. Et la bizarrerie du ton, le geste nerveux, un regard jaloux, presque furieux! Germaine, docile, s'asseyait auprès de lui… Incident si bref, que personne, sauf Louise, n'avait dû le remarquer. Hélène en gardait une impression indéfinissable.

Le mail de l'oncle et la charrette avaient pris les devants. Elle secoua l'obsession, sourit machinalement au bon visage de Louise et des chers parents. M. et Mme Dugast, fatigués par la partie un peu longue, se laissaient aller au roulement doux de la voiture. En silence, on retraversait le pont ; le soleil à son déclin baignait d'un or froid les lignes nettes du paysage, glaçait l'azur du fleuve. La Roche-Guyon, le mail arrêté devant un porche ancien ; on reconnut Vernières qui disait adieu de la main, prêt à rentrer chez sa tante. Il se tourna vers le landau, détacha un grand salut.

— Tu vois, Hélène? dit Mme Dugast.

— J'ai vu, fit-elle, et concentrée, elle s'enferma dans un nouveau silence.

Le mail repartait au grand trot ; Dormoy, Yvonne et tante Portier leur jetèrent des signaux d'amitié. Le vent fraîchit.

— Vous n'avez pas froid, père? demanda Hélène.