— Ce n'est pas la faute de Denise, elle fait tout dans son ménage. Peu de femmes auraient sa résignation angélique.

— Il faut avouer, dit Édith, que le cousin est une jolie canaille. La dot de Denise nettoyée en deux ans ; ses dentelles, ses derniers bijoux, l'argenterie, et jusqu'aux meilleurs meubles, tout passant aux lettres de change inattendues, au perpétuel argent de poche. Monsieur a dû s'engager pour un ami, c'est sacré! Monsieur a une affaire merveilleuse en train, il faut traiter Un tel au restaurant… Heureux, quand ce n'est pas Une telle! Et la malheureuse qui croit tout, se prête à tout!

— Ah! fit Hélène, l'homme chef de la famille, guide et soutien des siens, quelle dérision dans ce cas-là! Moi je mets un bandit élégant comme Simonin bien au-dessous d'une brute du peuple comme ce Lepillier qui vit aussi de sa femme, au lieu de la faire vivre.

— Si encore, ajouta Mme Dugast en poursuivant son idée, cela te servait de leçon! Mais non, je te connais, tu donneras encore. Aujourd'hui même peut-être… Et sur un geste de sa fille :

— Oh! tu es libre, certes, tu es libre!

Mais un blâme ulcéré démentait ses paroles. Hélène répliqua :

— Denise a du cœur ; la preuve, c'est qu'elle cherche un emploi.

— La pauvre petite, fit Mme Dugast, de quoi est-elle capable? Ce n'est pas son brevet supérieur qui la nourrira. Courir le cachet? Ce n'est pas bien relevé, tu en conviendras, pour une femme de notre monde. Elle ferait mieux de rester chez elle.

— Et vivre, ma bonne? objecta Édith. Penses-tu que ce soit pour leur plaisir que tant de femmes aujourd'hui quittent leur foyer, vont chercher le pain au dehors?

— C'est à leurs maris de les nourrir, dit Mme Dugast avec une conviction inébranlable.