André eut un geste vague, impuissant.
— Oui, tu es dans l'impasse! Peut-être pourras-tu en sortir sain et sauf, sans accroc même à ton amour-propre… Est-ce que cela suffit? Tu n'en as pas moins vilainement agi. Père te le dirait. Il n'y a pas deux façons de penser, quand on porte dans le cœur le moindre sentiment de droiture, de justice.
André lui mit la main sur l'épaule, et froidement :
— C'est tout? Allons, tant mieux. Mais, ma pauvre petite, tu te payes toi aussi de grands mots. Sois tranquille, la vie n'est pas si compliquée. Tout s'arrange. Au revoir, je repasserai quand tu seras plus calme.
Il prit son chapeau, sa canne qu'il avait posés sur le lit et sortit avec sa mine cassante et délibérée, plus préoccupé qu'il n'en avait l'air. Hélène le laissait s'éloigner sans adieu ; avec une étrange ironie, elle se répétait : « Tout s'arrange! » Et la pauvre existence gâchée, salie de Germaine? Certes, elle n'avait que ce qu'elle méritait. N'importe, la part d'expiation n'était pas égale…
Mme Dugast entra brusquement, les yeux pleins d'angoisse, ses bandeaux gris un peu défaits.
— André n'est pas là? demanda-t-elle. La femme de chambre m'avait pourtant dit… Comment! parti sans me voir, sans m'embrasser? Et tante Portier qui vient d'arriver, avec des nouvelles!… Elle leva les bras au ciel. — Il faut pourtant qu'il sache… Mais viens, tante te dira… Ah! quel malheur, il me semble que je rêve…
Dans le cabinet de travail, toujours cette impression d'une pièce froide, inhabitée, malgré les meubles et les objets familiers demeurés en place, le buste de M. Dugast à la place d'honneur sur la cheminée, — la tante Portier, écroulée sur un fauteuil, jambes étendues, la tête de côté sous son chapeau à fleurs, gémissait en s'éventant de son mouchoir. Elle était aussi rouge que Mme Dugast était pâle. A la vue d'Hélène, son agitation la reprit :
— Ah! ma pauvre enfant, c'est affreux. Qu'est-ce que nous allons devenir? Ton frère peut se vanter de nous mettre dans une jolie situation! Il est donc fou?
Mme Dugast, qui condamnait intérieurement son fils, ne put souffrir qu'on dît tout haut ce qu'elle pensait tout bas. Par une contradiction naturelle aux mères, par aveugle tendresse aussi, elle avait beau être au désespoir des événements, elle ne leur en cherchait pas moins des excuses.