— La prison? se récria Hélène suffoquée, tandis que Mme Dugast, un peu rassurée puisqu'il n'était pas question de se battre, et ne voyant plus que l'horreur pour Germaine du châtiment disproportionné, protestait :
— Est-ce possible? Quelle canaille!
Une stupeur dominait leur consternation. La prison? Mais la loi sur le divorce ne l'avait-elle pas abolie? Une coutume aussi barbare pouvait-elle subsister dans le Code? Le mari outragé avait-il vraiment le droit de se venger de la sorte? Tante Portier se moucha bruyamment après s'être tamponné les yeux :
— Il paraissait bien sûr de son fait, criait : « Oui, la prison! » Et il tapait sur la table. « Quant à son complice… »
Un coup sec à la porte. Solennel dans son long pardessus noir, le col très haut, cravaté de blanc, M. Pierron parut, plus austère que jamais. Son visage blême, entre les favoris de neige, avait la sévérité des grands jours ; un réquisitoire indigné semblait prêt à jaillir de ses lèvres minces. Mme Dugast, à la vue de son père, sentit redoubler son chagrin. Tante Portier eut un soupir de soulagement : un oracle venait d'entrer, l'intervention de M. Pierron était providentielle.
— Ah! mon père, sanglota Mme Dugast, n'est-ce pas que c'est impossible! Cet affreux homme veut traîner la pauvre Germaine en prison! Est-ce qu'une pareille infamie est permise?
— Ce serait monstrueux! dit Hélène.
M. Pierron, qui s'était assis avec lenteur, la considéra d'un air de pitié ironique.
— Tu trouves? fit-il. Eh bien! ma petite, c'est tout ce qu'il y a de plus légitime.
Hélène eut un cri de révolte :