Et prenant les mains de Mme Hopkins.

— C'est gentil à vous d'amener Willy. Loulou va être si content!

— Comment va-t-il? demanda Hélène.

Le petit Louis, qui sortait d'une fièvre muqueuse, était, depuis quelques jours à peine, en convalescence.

— Beaucoup mieux! fit Denise. Un sourire heureux illumina pour une seconde son triste visage maternel, si jeune encore et déjà flétri. D'admirables cheveux cendrés, des yeux d'une grâce délicate et fière paraient en vain cette figure où les misères de la vie, la lutte quotidienne avaient creusé leurs rides fines, gonflé les paupières, tiré les traits. Corps frêle, rondes épaules devenues maigres dans la robe grise élimée, décente encore. Elle poussait bien vite la porte du salon-salle à manger, où Louise Guilbert et Gabrielle Duval s'exclamaient joyeuses. Mais on menait Willy près de son cousin.

Dans la chambre du malade, étendu sur une chaise longue formée d'un vieux fauteuil et d'un tabouret, un châle sur les genoux, Denise, penchée, retapait bien vite l'oreiller, tandis que Loulou, sa face pâle minée de fièvre toute transfigurée de plaisir, se redressait, fermant précipitamment le beau livre de contes illustrés que Gabrielle Duval lui avait apporté. Willy, dont les huit ans débordant d'assurance et de santé faisaient un vrai petit homme, lui donna un shake-hand d'une vigueur toute britannique. Loulou, demeuré plus enfant, avec ses dix ans débiles, le regardait affectueusement, plein d'admiration pour ce cousin lointain, si différent de lui.

— Nous vous laissons causer, dit Mme Hopkins.

Rentrées au salon, Hélène demandait à Louise Guilbert des nouvelles de la petite paralytique, sa protégée. Le mois dernier, elle avait réussi à faire accorder l'assistance judiciaire à la mère Lepillier ; celle-ci était sur le point d'obtenir le divorce contre son ignoble brute de mari. Gabrielle Duval, au bout d'une minute, voulait prendre congé, après avoir parlé de son nouveau poste au lycée Fénelon, rappelé leurs souvenirs d'écolière! — c'était le bon temps! semblait dire le rire rajeuni de Denise.

— Mais tu ne t'en vas pas, fit-elle vivement. Reste! Nous allons prendre le thé.

Gabrielle se rassit. Elle était brune comme une taupe, laide, l'air intelligent, les yeux doux. Joyeuse de secouer un instant ses chagrins, Denise s'empressait, tirait du dessus vitré du buffet la théière, les tasses en grosse porcelaine fendillées, usées. Elle se faisait une fête de leur réunion d'amies, de ce pauvre semblant de réception. Hélène s'offrait à l'aider :