— Rien ne me fait peur. Ni un tigre, ni un boa, ni un requin, ni un éléphant. Je n'aurais même pas peur des grandes bêtes dont j'ai vu les morceaux d'os au musée de Newhaven, le mosasaure qui avait une tête de crocodile sur un corps de serpent, le dinosaure qui était haut comme une maison à sept étages.

— Est-ce qu'ils ont existé? s'enquérait Loulou avec stupeur.

— Certainement, trancha Willy, mon professeur, M. Mowfles me l'a bien expliqué. C'était à l'époque secondaire, lorsque la terre a pris forme et qu'il y avait de grandes forêts de fougères, avec des océans qui n'en finissaient pas.

Les voix arrivaient distinctes. On entendit Loulou se remuer sur sa chaise longue, le tabouret tomba. Denise inquiète se précipitait.

Alors, comme si elle venait de prendre son parti, Louise, attirant Hélène et Mme Hopkins dans le coin opposé du salon, près d'un canapé barrant une porte close, se mit à parler bas, très vite :

— Écoutez, j'hésite depuis cinq minutes, c'est absurde. Le secret professionnel ne me lie en rien. Dans une maison où je donne des soins, 36, rue d'Amsterdam, j'ai plusieurs fois rencontré Du Marty, col de pardessus relevé, chapeau sur les yeux, comme s'il avait peur d'être vu. Heureusement il ne me connaît pas. Il sonnait au second.

— Eh bien? dit Hélène.

— L'appartement est occupé par une jeune femme seule, jolie ma foi ; des cheveux blonds, très blanche ; Mlle Nini Bleuet, m'a-t-on dit. Je l'ai aperçue dimanche dernier, un affreux chien sous le bras.

— Oh! fit Hélène, qui se rappela soudain les absences fréquentes, voyages à Paris, rendez-vous sportifs de Du Marty… Et il ose parler de prison!…

— Oui, dit Mme Hopkins, il y a peut-être là quelque chose.