— Eh bien, nous le tenons! disait, rentré au salon, Marcel Dugast à la tante Portier.

La bonne dame laissa échapper le roman sentimental dont elle nourrissait ses vieilles illusions.

— Il y a une providence! soupira-t-elle, les yeux au ciel.

Yvonne qui devant la fenêtre semblait guetter impatiemment quelque venue, flirt no 1, 2 ou 3, se retournait, en sautant de joie :

— Oh! papa, comme ça va être drôle!

Marcel Dugast hocha la tête. Certes, il y avait une justice… Trois semaines auparavant, lorsqu'il avait appris la catastrophe, une violente colère l'avait transporté contre Germaine, contre André. Cette faute, qu'il jugeait sévèrement, — la Morale! — dérangeait tous ses plans, allait bouleverser ses habitudes. On n'avait pas idée d'être aussi maladroits! Le moyen de garder André à la tête de l'usine, après cet esclandre? Comment, d'autre part, se passer de ses services? Toute sa rancune s'était déversée bien vite sur Du Marty : ce snob, cet imbécile, incapable de garder sa femme, de la protéger, de la rendre heureuse… Une haine violente l'agitait encore à l'idée de la prison, — ce misérable qui, de gaîté de cœur, aurait déshonoré sa fille! Ah! oui, vraiment, ce serait drôle! A leur tour de rire.

Germaine venait d'entrer, pâlie encore, mais comme ressuscitée depuis la miraculeuse nouvelle apportée l'avant-veille par Simonin. Son père l'embrassa gravement sur le front, Yvonne lui prenait les mains, essayait de l'entraîner dans une ronde soudaine.

— Qu'est-ce qu'il y a? dit Germaine.

Et devant le sourire sarcastique de son père, devant le récit entrecoupé de sa sœur et de tante Portier, en proie à une émotion délicieuse, mordue aussi par une instinctive jalousie, elle s'écriait avec conviction :

— Quelle canaille!