La petite ruse de Dormoy, rehaussant ainsi certaines croûtes invendables d'un semblant d'acquéreurs, excitait justement le rictus de deux jeunes rapins à grand feutre, visiblement agacés par la réussite mondaine et les rentes du camarade.
— Tu vois, reprit Mme Dugast, c'est le propre des vrais talents d'être ainsi jalousés… Oh! l'amour d'enfant!
Elle s'extasiait devant un marmot joufflu, agaçant un chat. Plus loin, des gens du monde, sans doute compétents, stationnaient devant un paysage ; ils parlaient haut, laissant tomber des termes techniques : pâte, glacis, rehauts, ponctués de coups de pouce dans le vide. La considération de Mme Dugast s'en accrut d'autant. Elles se heurtaient enfin à la tante Portier et à Germaine.
— Où est donc Dormoy? fut le premier mot de Mme Dugast.
Germaine le montra causant, plein de respect, avec un membre de l'Institut, dont il semblait humer les jugements amicaux. Puis, prenant Hélène sous le bras, elle lui racontait avec animation tous les tracas que lui avait causés sa robe, livrée au dernier moment. Tante Portier pendant ce temps, mettait Mme Dugast au courant : pas de nouvelles de Du Marty, il devait réfléchir. Évidemment il ne pouvait plus avoir l'audace de songer au procès d'adultère, il se rabattrait sans doute sur une instance en divorce, mais, grâce aux bons soins de leur avoué, Germaine tenait toute prête une demande reconventionnelle. Peut-être d'ailleurs cela se passerait-il à l'amiable, sans plaidoiries, sur accord des avocats ; elle appelait de tous ces vœux cette solution. Tout d'un coup elle s'inquiéta.
— Qu'est devenue Yvonne?
Elle la découvrait au bout d'une seconde dans une travée conversant familièrement avec le comte Soulier, dont les petits yeux pétillaient.
— Cette enfant me fera mourir, soupira-t-elle.
Mais sa face parut brusquement se pétrifier : elle avait vu la tête de Méduse ; Du Marty, hautain et pimpant, venait d'entrer. Le sang de Germaine ne fit qu'un tour ; elle serrait en pâlissant le bras d'Hélène qui elle-même s'émut, en reconnaissant, côte à côte avec du Marty, Vernières. Ils paraissaient au mieux, comme s'ils avaient fondu leurs rancunes personnelles dans un même sentiment de bravade et d'hostilité. Les deux groupes s'aperçurent de loin et se dévisagèrent ; Du Marty et Vernières tournaient lentement la tête, d'un air dédaigneux. Mme Portier, couvant Germaine du regard, rappelait Yvonne d'un ton bref, et toutes trois se dirigeaient avec dignité vers la sortie, gagnaient la porte.
— Si nous en faisions autant, fit Mme Dugast, mal à l'aise à l'idée d'André, je ne me soucie pas de me casser le nez sur ces messieurs.