Il doit réclamer sa place au soleil, ne plus être l’instinct calomnié, le voleur de nuit que l’on redoute et qui apparaît d’autant plus attirant par son mystère, dans l’ombre de péché où la morale religieuse le reléguait et le relègue encore.
L’amour, en effet, a été de tout temps le grand banni. Morale fausse, Société avare, religions pusillanimes se sont alliées pour le clouer, comme Prométhée, sur un rocher. Mais par une équitable vengeance, le vautour immortel s’est retourné contre ses persécuteurs, et il a enfoncé dans leur cœur ses serres et son bec d’acier.
Tributaires de l’amour impérieux, les hommes et les femmes ont connu toutes les hontes de la vindicte sociale, toutes les misères du mensonge et toutes les affres de la persécution. Et ce fut justice, parce qu’ils avaient outragé, méconnu l’essence de l’amour, le plus simple et le plus pur des rythmes éternels de la vie, le grand facteur d’harmonie, l’ordre suprême des choses.
L’amour, qui portait sur son visage la candeur charmante d’Abel, cet Adonis biblique, a pris, au pourchas, la face crispée de Caïn. Il s’est faufilé comme le maître des ruses, l’envoûteur ténébreux. Il a connu la bêtise justicière d’une Société qui voyait en lui le spoliateur, alors qu’il était l’ami des êtres et leur rachat, une providence aux mains douces. Il a connu les prisons, les fosses de terre vive, les bûchers. Son martyrologe emplit l’histoire des siècles. L’amour vécut des chaînes aux pieds : on le lapida, on fouetta à vif son beau corps d’éphèbe ou de jeune femme. Il n’est pas de jour encore où il ne marche ensanglanté.
Il triomphera pourtant.
Non seulement dans les unions qui, en face de la convention hypocrite, dressent déjà la franchise de leur tendresse courageuse, mais de plus en plus dans un mariage où soufflera, avec l’air du dehors, la liberté.
LA FEMME ET LA POLITIQUE
LA PART DES FEMMES
Oui, leur part. Pourquoi ne la réclameraient-elles pas ? D’ailleurs, ont-elles le choix ? C’est ce que l’on ne se demande pas assez.
Le choix, comment l’auraient-elles ? Ce ne sont pas elles qui ont codifié les conditions de la vie moderne. Elles en sont les premières victimes. Ce n’est pas d’hier que Michelet a poussé son cri d’alarme devant ce qu’il appelait un sacrilège : la femme entrant dans l’arène, concurrente de l’homme aux labeurs, aux salaires, lui disputant ce pain que, de moins en moins, il partage avec elle.