C’est à tomber d’étonnement qu’il y ait malgré cela des bigames. Et non seulement il y en a, mais les tribunaux nous révèlent souvent des trigames ; et rappelez-vous, il y a quelques années, ce gaillard qui possédait à lui seul cinq femmes, toutes épousées devant monsieur le maire.
Les travaux forcés à temps, et même peine pour l’officier de l’état civil complice, peste !
Voilà le mariage bien protégé !
La polygamie légale mène en cour d’assises. Mais la polygamie illégale, elle, n’est châtiée que dérisoirement ou pas du tout. Et y a-t-il rien de plus illogique que de considérer le cas suivant assez répandu, on l’avouera ?
Monsieur a son foyer, où il vit plus ou moins, et d’où il sort pour se rendre dans un autre foyer, plus agréable à son cœur. Que la justice, sur la plainte de sa femme no 1, s’émeuve, ce point de droit se posera : Monsieur est-il remarié frauduleusement, ou vit-il en union libre avec sa femme no 2 ? Premier cas, les galères. Second cas, on le laisse parfaitement tranquille.
Tout au plus, une séparation ou un divorce sont-ils dans l’air. Y a-t-il cependant une proportion entre ce châtiment rigoureux et cette impunité ?
Quelle différence y a-t-il entre ces ménages où naissent et grandissent souvent des enfants, légitimes ici, illégitimes là ?
Aucune, selon la loi naturelle.
Cette différence, au point de vue social et religieux, que dans un cas il y a mariage et dans l’autre il n’y en a point.
Est-ce assez pour justifier une telle variation de pénalités ? Le bon sens dit : Non.