— Pensez-vous que le lait stérilisé soit meilleur pour le fils ou la fille de la nounou ? Il ou elle s’en contente cependant. Pourquoi monsieur votre « héritier » ne s’en accommoderait-il pas aussi ? Il n’est pas formé d’une pâte différente : il a les mêmes organes et remplit les mêmes fonctions animales.

— Mais…

— D’ailleurs, rassurez-vous, si vous avez nourri au moins pendant trois mois votre bébé, il y a de grandes chances, si vous surveillez la qualité du lait stérilisé, pour qu’il s’en accommode. Au besoin, vous trouverez dans les Laboratoires des laits préparés pour se conserver et excellents.

Ainsi prendra fin cette spéculation éhontée des vaches à lait humaines, ces bureaux de nourrices qui sentent le lait aigre, la sueur et les langes ; ainsi cessera cette exploitation lamentable de leurs petits, ramenés au pays en paquets hurlants ou muets sur les banquettes des troisièmes classes, exposés aux pneumonies l’hiver et aux diarrhées infantiles l’été.

Ainsi, pour les humbles comme pour les riches, se rehaussera la fonction sacrée. Une mère qui allaitera son propre enfant inspirera l’intérêt et la sympathie qu’elle mérite. On n’aura plus le spectacle attristant des nourrices bavardes et paresseuses qui, dans les jardins publics, rouges et repues au sortir d’un repas copieux, gavent de leur lait l’enfant d’une étrangère, alors que le leur, là-bas au village, crie peut-être de faim ou râle d’une maladie meurtrière.

Jolie Madame, pensez à cela. Ne volez plus le lait des petits pauvres !

ÉDUCATION FAMILIALE

Si mille signes évidents ne nous attestaient pas la nécessité de former, par une éducation méthodique, les cerveaux de nos fils et de nos filles, nous serions bien aveugles. Et l’avenir paierait cher la négligence du présent. Ces signes abondent. Défaillance constatée de l’enseignement primaire, surtout depuis la guerre. Nombre formidable des illettrés. Insuffisance de l’École et encore plus de la famille. Car la famille française, en effet, est sentimentale et maternelle ; elle n’est pas éducatrice. Elle couve l’enfant, elle ne l’instruit pas.

Nous soucions-nous, en effet, assez d’instruire l’enfant, surtout lorsqu’il est petit, pétulant, et qu’il nous harcèle de ses questions comme une mouche du battement de ses ailes et du picotement de ses pattes.

— Pourquoi ceci ? Pourquoi cela ? demande-t-il, car toute son existence émerveillée et curieuse, primesautière et instable, se résume en un perpétuel Pourquoi ?