Les occasions, pour les parents, d’instruire l’enfant sont innombrables. Sur un sou de la République, un petit sou, il peut apprendre des siens sous quel gouvernement il vit, et, à la comparaison d’un sou de l’Empire, comprendre la différence des époques et la succession des régimes. Mettre à profit toutes les circonstances du travail et du repos, tous les incidents de la vie commune et privée, il y a là une source féconde et intarissable d’enseignement. Le pain qu’on mange, le pétrole de la lampe, le cycliste qui passe, le menuisier qui rabote, le journal qu’on déplie, tout est utile, tout sert à l’éducation rationnelle.
Mais, de même qu’il faut séparer le bon grain de l’ivraie, les parents se garderont de fausser l’intelligence naïve qui les écoute en lui confiant ce qui est faux, absurde : la superstition du nombre 13, celle du vendredi, les remèdes de bonne femme, surtout ceux qui dans les campagnes sont d’usage si malpropre ; la foi aux somnambules, aux cartes ; la peur des esprits et des fantômes : que sais-je ? L’éducateur digne de ce nom ne doit faire entrer dans le cerveau fragile, dont il a la garde et la responsabilité morale, que ce à quoi il croit fermement lui-même.
Ceux qui ne sont pas sûrs de leur pensée, auront tout à gagner à ne pas initier l’enfant à ce qui divise les hommes. Leur champ d’action demeure si vaste et si large : n’ont-ils pas à faire croître dans l’âme de leurs fils la bonté, la justice, le courage et la sincérité ?
N’ont-ils pas à leur apprendre à devenir citoyens solidaires les uns des autres, de bons Français, épris de liberté et sachant le prix de la discipline, ouverts à la sympathie envers les peuples qui en sont dignes, mais préférant leur Patrie à toute autre ; car on peut détruire sa propre patrie, on ne détruit pas les patries. Et plus l’homme vaut, plus il sait, plus il sent, plus il veut, et plus en lui la conscience de patrie s’élève. Élémentaire chez les plus humbles, qu’asservissent les besoins essentiels, elle devient complexe chez ceux qui arrivent à prendre d’elle une conception supérieure. Mais, restreinte ou agrandie, elle s’impose à tous. Combien cette affreuse guerre nous l’aura fait comprendre ! Et les pères et les mères qui méritent ce beau nom sauront, sous mille formes, faire aimer à l’enfant cette terre, cet air qui de partout l’enveloppent, riches d’idées, de souvenirs, gonflés de la sève de la vie en marche.
Morale individuelle, morale civique seront donc l’aboutissant de l’éducation familiale comme elles en auront été le point de départ.
C’est, en effet, par-dessus tout, le caractère que nous devons chercher à développer. La haine du mensonge, de la lâcheté, de l’égoïsme sera à la base des préceptes que nous nous devons de transmettre à nos enfants. Car tout se tient, et l’éducation intellectuelle contribue à l’éducation morale ; si bien que tout ce qui sert à l’esprit profite au cœur.
LA FEMME ET LE DIVORCE
LE DIVORCE ET SES ADVERSAIRES
Même fondé sur l’amour ou l’affection, le mariage peut, au frottement des caractères, aux défaillances des volontés, sous l’empire d’influences extérieures, aux secousses de l’instinct, aux frénésies de la passion, à l’usure de l’habitude, au lent empoisonnement des griefs, par l’effet de mille causes tenant à l’imperfection humaine, devenir pour l’homme et la femme, ou l’un des deux, une chaîne intolérable.
Un divorce limité, reconquis par l’État républicain et non sans peine contre la Morale sexuelle et religieuse, permet en certains cas, très insuffisants, la rupture de cette chaîne.