Si on n’a pas facilité beaucoup la sortie du mariage, débouclé les cadenas et tiré les verrous, on n’a pas davantage débarrassé suffisamment l’entrée du mariage. Il reste asservi à des formalités encombrantes et dispendieuses qui découragent le peuple.
Peut-être le parti républicain et spécialement le parti socialiste comprendra-t-il toute l’importance de la question du divorce, et à quel point elle soutient et défend les droits de l’État laïque contre la séculaire domination de l’Église.
En tout cas, le large mouvement d’opinions, la crue montante à laquelle, modestes ouvriers, nous avons mon frère et moi contribué pour notre faible part, ne s’arrêtera pas de sitôt et n’avortera pas, stagnant et enlisé. Il y a trop de souffrances, trop de misères en attente et qui poussent et se soulèvent flot sur flot.
Ce n’est pas en vain que les penseurs, les écrivains, les féministes ardentes, les sociologues se sont jetés dans cette mêlée contre les forces pesantes du dogmatisme, la lourde barrière du passé… Ce n’est pas en vain qu’on a vu naître des œuvres hardies comme celles de Léon Richer : Le Divorce ; d’Hugues Le Roux : Le bilan du Divorce ; de Camille Mauclair : l’Amour Physique ; de Léon Blum : du Mariage, entre les vibrants plaidoyers de Naquet, l’Union libre ; de Paul Adam : la Morale de l’Amour ; de Paul Abram : l’Évolution du mariage, et de bien d’autres encore. Ce n’est pas en vain qu’on aura vu s’organiser des forces éclairées comme le Comité de la réforme du Mariage, sous les auspices de Me Henri Coulon et de René de Chavagnes. Ce n’est pas en vain que la question du divorce a sollicité les juristes et empli les thèses des nouveaux docteurs en droit, s’est imposée aux réunions publiques, aux conférences, a rempli les journaux, agité la scène, fait palpiter le livre.
Le divorce intégral, qu’on le veuille ou non, fait partie du programme des libertés de demain. Il rend à l’individu sa valeur humaine et à la Société, au lieu de foyers d’infection, des cellules nouvelles en pleine énergie. Il est un des plus puissants facteurs de l’émancipation morale de la femme et de l’enfant.
Donnons-lui, en l’élargissant, en le complétant, sa valeur assainissante, sa vertu rédemptrice.
LA FAMILLE ET LA SOCIÉTÉ
Éducation sexuelle de la jeune fille (et du jeune homme), préparation au mariage pour l’union de cœur et non plus d’intérêts, suppression de la dot, droit à l’amour et même à l’enfant pour la jeune fille, lorsque le mariage lui est impossible, respect dû à la maternité légale ou non : autant de réformes qui ne sont encore que des Anticipations, selon le mot de Wells, et qui ne pourront se réaliser que lorsque l’opinion, les mœurs et les lois seront à l’unisson. Il dépend du moins de chacun de nous de hâter cet avènement.
Par contre, toutes les réformes qui relèveraient la condition de la femme dans l’ordre public ou civil, sont mûres et à point, et ne dépendent plus que de textes de lois définitifs.
Pour que la femme soit électrice ou même éligible, — et le plus tôt sera le mieux ! — tout au plus convient-il d’attendre qu’on ait modifié notre système électoral ; car, juste en idéologie et parfaitement injuste dans la pratique, le suffrage universel appelle au scrutin des masses ignorantes ou crédules, sans préparation à la dignité de leur acte que les promesses emphatiques des candidats, le recrutement d’un enthousiasme abreuvé chez les bistros.