Cela allait jusqu'à énerver Toinette si son mari prenait l'enfant. Elle était pleine de défiance; il la tenait mal. Longtemps elle resta bouleversée ainsi, s'étonnant d'être devenue mauvaise; puis, au bout d'un ou deux mois, ces fâcheuses dispositions cessèrent; elle reparut bonne et tendre, se laissa reprendre, câline, aux bras d'André.

* * * * *

Mme de Mercy, discrète, étant rentrée dans l'ombre, Toinette accepta le sacrifice de sa belle-mère, les mille francs nouveaux dont elle se priverait pour eux. Il fallut, trois mois après, payer le médecin, le pharmacien.

André apprit alors qu'il ne restait rien des dix mille francs que lui avait donnés sa mère; et qu'elle-même, vaillante pour les grandes choses, si elle défaillait souvent pour les petites, avait déboursé plus de deux mille francs à elle, prélevés sur le maigre capital qu'elle possédait.

Elle en parla froidement, noblement. Mais l'avenir de misère n'en était pas moins là, menaçant.

«Mon Dieu! disait-elle tout bas, pourvu qu'ils n'aient pas de sitôt un enfant!»

Voeu légitime, mais ingénument absurde. Les jeunes gens, mariés de la veille, se priveraient-ils donc à jamais de s'aimer? fermeraient-ils leurs lèvres? desserreraient-ils leurs bras? seraient-ils, dans leur propre maison, des étrangers l'un à l'autre?

André, bien des fois, l'avait trouvée horrible et contre nature cette peur bourgeoise des enfants, et quand sa mère tout bas lui dit:

—Mon Dieu! puissiez-vous n'en pas avoir pendant quelques années!

… André, tout homme et expérimenté qu'il fût, ouvrit de grands yeux clairs, puis baissa la tête, et il lui sembla que sa mère et lui, sans le vouloir, remuaient des choses louches. Il rougit, et riant: