Il lui baisa la joue, machinalement. Où étaient les fièvres de la veille? les caresses emportées qu'il lui faisait? Pourquoi son coeur, battant hier avec violence, semblait-il arrêté, ce soir?

«Comment ai-je pu penser à mêler ma vie à la sienne?—se disait-il—me suis-je leurré à ce point? N'est-il pas clair qu'elle n'aime rien, que l'argent?»

Et presque aussitôt il se trouva absurde; pouvait-elle être autrement?

La regardant, et pris d'une soudaine pitié pour sa beauté, il lui caressa les cheveux. Au milieu de ses mépris, un lent désir lui venait d'aimer encore cette fille. Que son coeur lui semblait étrange et compliqué! Parce qu'il la désirait, il se donnait le change, oubliait le décor qui l'humiliait et n'entendait plus les paroles dont la niaiserie l'irritait. Une vague tendresse lui noyait le coeur. Il ne raisonna point, n'analysa plus. Ses mains, frémissantes, se resserrèrent sur le corps de femme, qu'un prestige vivifia, ennoblit.

—André, dit-elle, si je te disais que je t'aime!…

Comme s'ils sonnaient légèrement faux, ces mots le refroidirent.

«Mensonge!» pensa-t-il.

Et il répondit pourtant avec un sourire hésitant:

—C'est moi qui t'aime!

Mais aussitôt, un âpre retour d'injustice et d'oubli crispa ses nerfs; et il baissa le front sous les lèvres de Mariette, afin que le, baiser tombât dans ses cheveux.