Jacques-Jean de Mercy, héritier du nom, s'agitait, démesurément petit, dans des langes trop larges, et criait avec une vivacité colère. La petite Marthe réveillée dans son berceau se mit à pleurer aussi. La vue de son frère l'indigna. Elle se refusa à l'embrasser, et elle se reculait avec peur aux bras de son père. On la recoucha. Le nouveau-né s'endormit aux bras de sa grand'mère. Et le calme et le repos descendirent encore une fois dans la famille augmentée. Le surlendemain, arrivèrent la nourrice de la campagne, et pour garde une soeur novice.

Toutes deux, prenant possession de leurs fonctions se tenaient au pied du lit de Toinette, la dévisageant.

La nourrice grande, jeune, belle, avait des joues rouges et d'admirables seins. Mme de Mercy, à qui les propriétaires de sa petite maison et le curé de Chartrettes l'avaient fait trouver, en était toute fière.

La novice était pâle, chétive, avec la poitrine rentrée, l'oeil pâle et le regard indéfinissable des phtisiques.

—Ma soeur, voulez-vous donner l'enfant à la nourrice, que je le voie téter?—demanda la jeune femme.

La novice, rigide dans sa robe noire, prit gauchement l'enfant, et le tendit à la nourrice, dont apparut la gorge blanche et le sein au mamelon pointu. Et les deux femmes se regardèrent. La nourrice souriait avec un orgueil naïf, pleine de vie. La soeur semblait ravaler le dégoût, l'horreur physique que lui inspirait la vie grouillante de l'enfant, et la mamelle gonflée de la femme.

Deux jours après, la nourrice et Mme de Mercy partirent; ce fut un déchirement, mais on devait se revoir.

Dans le cabinet de travail:

—Tiens, André, dit sa mère, voici pour Mme Rollin, voici pour le pharmacien, et rien pour toi, mon pauvre garçon. Courage!—Et elle disparut. André referma la porte. La vie lui semblait étrange.

Par sa faute, sa mère, réduite à des rentes dérisoires, allait végéter dans un trou de campagne; un nouvel enfant venait ajouter aux soucis d'hier des dépenses et des chagrins.