—Auriez-vous du plaisir à le voir rentrer dans l'Administration?
—Mais…—Toinette devint rouge, sans qu'on sût si c'était de plaisir ou d'humiliation.—Expliquez-vous.
—Eh bien, les mesures prises par le Ministre ont soulevé des protestations; l'influence de plusieurs sénateurs et députés a fait déjà réintégrer quelques employés. Le ministère a fait soigneusement reviser le dossier des révoqués, bref, celui d'André est bon, sans grief à sa charge, et à l'heure qu'il est, André est rétabli dans ses fonctions, appointements, etc..—Voici le papier, je m'en suis procuré copie.
—Ah!—dit Toinette songeuse: cette réparation tardive lui faisait sentir plus vivement l'injustice récente.—Le coup a été dur pour lui, on ne s'est pas soucié de savoir s'il aurait du pain; les puissants agissent sans réfléchir assez.
Elle se tut:
—Conseillez-moi?
—Tout dépend d'André. Son orgueil et son coeur ont souffert, veut-il continuer à ne demander de ressources qu'à lui-même, qu'à son énergie, je ne pourrais l'en blâmer, d'autre part, c'est chanceux. Préfère-t-il rentrer dans la maison d'où il est sorti, c'est humiliant peut-être, mais il gagnera moins péniblement sa vie, il aura moins d'imprévu.
—Mais, dit Toinette, si un autre ministre?…
—Je ne le crois pas, ces mesures radicales épouvantent les nouveaux venus. Le nôtre est une exception, heureusement. André peut rentrer sans crainte… Ah! je sais bien,—fit-il avec une pause, que l'avenir politique est incertain, mais quoi…—Et brusquement:—Je me sauve!
—Attendez André.