—Te montrer quelque chose.

Et Toinette, en hésitant, présenta le papier, qu'André lut attentivement, plia et mit dans sa poche. Il parut honteux et sifflota pour dissimuler ses impressions.

Il était las de ses leçons et crotté de boue. Son visage trahissait la fatigue et l'écoeurement; Toinette n'osa l'interroger. D'ailleurs le dîner l'occupa. André, ayant changé de vêtements, jouait dans le cabinet de travail, avec la petite Marthe. L'enfant, qu'on n'avait jamais emprisonnée dans un maillot, avait, dans la liberté de la layette anglaise, développé ses petits membres remuants. De jolis rires lui partaient des lèvres, tandis que devant le feu, son père, agenouillé, la chatouillait.

Toinette ouvrit la porte et regarda son enfant et son mari; se demandant quelles pensées il roulait dans sa tête, elle attendit qu'il levât les yeux.

Il enleva Marthe et l'installa dans sa chaise. Le dîner fut silencieux. Toinette comprit qu'il ne fallait pas forcer André à peser tout haut ses doutes et ses résolutions. Il souffrait; elle le voyait à de soudains assombrissements passant sur sa figure. Pourtant, sans savoir ce qu'il ferait, elle espérait un avenir meilleur.

Le sommeil d'André fut agité; au matin il s'habilla, se brossa soigneusement, et demanda que le déjeuner fût avancé.

—Où vas-tu donc?—fit Toinette avec vivacité.

—Au bureau,—répondit-il.

Cette placidité apparente émut et déconcerta la jeune femme. Il y avait beaucoup de résignation dans ce ton simple. André apprenait quelque chose aux épreuves de la vie.

Il rentra par la grande porte et, froidement, alla saluer ses chefs, serra la main de Malurus, suspendit son chapeau, épousseta son pupitre et demanda de la besogne.