—Vous me le promettez?

—Je vous le promets.

—Je suis pauvre, vous le savez, je vis avec ma mère; il vous faudra de la bonté, du courage, et…—Il n'osa parler des enfants; Germaine rougissait. La réalité de ces choses l'effarait, elle aimait mieux l'entendre parler câlinement; elle sentait bien qu'elle ne saurait encore être femme ni mère: une petite amoureuse oui, c'était si charmant. Et comme André continuait, elle eut un air d'ennui, de crainte, et prestement:

—Chut! papa!—et elle s'esquiva.

André pensa, regrettant son aveu: «J'ai fait une sottise, n'avais-je pas deviné ses craintes, ses doutes? nous ne nous aimons pas!» Et cependant il disait à Damours, à tout hasard:

—Je veux me marier, la solitude me pèse, ma vie d'employé me harasse; la nécessité de soutenir un ménage me donnera le ressort nécessaire, me fera faire des efforts vigoureux; je sortirai de mon atonie; il est grand temps: c'est devenu pour moi une question de vie et de mort.

L'avocat devint grave, et passant son bras sous celui d'André:

—Mon cher enfant, dit-il, les événements n'ont pas marché selon notre désir. Vous avez aujourd'hui une position faite, mais fausse. Un peu, beaucoup par votre faute. On arrive dans les administrations par la faveur: ah! le mot vous irrite! mais en somme, vos parents ont rendu des services à l'État, cette faveur n'est que de la justice. Trois fois j'ai voulu vous faire mieux placer, vous avez refusé. Si vous êtes dans les mêmes intentions, et je le crois,—fit-il avec un sourire,—car je vous sais entêté comme votre père…—Bonjour, mon ami!… et Damours s'interrompit pour serrer la main à son neveu, jeune officier d'artillerie qui venait d'entrer;—je vous approuve donc, continua-t-il, de vous marier; à une condition: c'est que vous fassiez un mariage digne de votre nom et de votre position sociale.

—Un mariage riche! s'écria André avec répulsion.

—Permettez! je ne vous conseille ni un marché ni une mésalliance. Mais un de Mercy se doit d'épouser qui le vaut. Il vous faut quinze mille livres de rentes. Vous le devez à votre mère, à vous-même. Vous vous êtes mal embarqué dans la vie, voilà le moyen d'en sortir.