—Oui,—fit elle, rêveuse.

De nouveau ils se regardèrent: ils avaient changé.

Sa barbe vieillissait André, mais lui donnait l'air plus mâle, plus fort; il avait un regard bon, comme autrefois, mais plus grave.

Elle plus faite, plus forte, avait un charme de jeune femme, de jeune mère.

Ils se sourirent, car ils étaient jeunes encore, après sept ans de mariage, et ils éprouvaient un obscur désir, un besoin irréfléchi d'action, de lutte et d'énergie. En eux-mêmes, ils sentaient que leurs belles forces ne pouvaient être perdues, que quelque chose arriverait, ils ne savaient quoi, qu'une vie nouvelle occuperait leur volonté, leurs efforts. C'était en eux le mystérieux pressentiment d'un inconnu certain.

Et Toinette murmura:

—Nous nous souviendrons de cette promenade.

Ils n'eurent pas besoin d'en dire plus, car les rêves qu'ils eussent formulés en ce moment eussent été impossibles ou risibles, tandis que dans le silence, de vagues espérances les flattaient.

—Voici bientôt l'hiver,—dit Toinette en montrant de sombres nuages.

—Le printemps reviendra, dit André.