Et ce mot funèbre se répétait de plus en plus vite, torturant comme un cauchemar. André s'enfonça la tête dans les mains, se boucha les oreilles. Il était seul.
Quand il releva les yeux, une vallée creuse était pleine de soleil, des maisons blanches se détachaient entre les arbres, la Seine, au loin, brillait comme un ruban d'argent, les jardins étaient en fleur. Était-ce possible, la mort?
Et de répugnants détails préoccupaient, hantaient André: les déclarations officielles, le choix des tentures funèbres, l'enterrement; il se voyait tête nue, suivant le cercueil. Cette pensée l'étouffait.
Et tout à coup il se moqua de lui-même. Il relut la dépêche, elle n'était pas signée: «Votre mère très malade, venez vite.» Très malade? lui aussi avait été près de mourir! Elle vivrait. Pourquoi s'effrayait-il tant? Il n'avait qu'à rejeter ce poids écrasant qui lui pesait sur le coeur.
Il n'y parvint pas.
Hors du train, il sauta dans une voiture.
«Elle ne marche pas», pensait-il! Et il grinçait des dents. Puis il eut peur qu'elle n'arrivât trop tôt, car il se sentait lâche devant le spectacle qui l'attendait. Il écarta les visions mortuaires. «Tout ceci est un rêve», murmurait-il. La rapidité de l'événement le confondait. «Quel stupide cauchemar!»
Mais depuis huit jours il ne l'avait pas vue. Elle était bien pâlie alors, il s'en souvenait! Comment eût-il pu se douter, pourtant!…
La voiture s'arrêta devant la porte à linteau de pierre ornée d'une croix.
«C'est vrai! c'est vrai!» murmura André et, pour payer le cocher, sa main tremblait.