«Telle est la vie,» soufflait une voix à André. Mais il s'indignait de cette réponse bête, trop facile et pourtant vraie.

«Pour sortir de sa torpeur, pour échapper au suicide, André trop jeune avait dû se marier. C'était la vie! Sa femme, enfant elle-même, n'avait su comprendre, ni aimer sa belle-mère: c'était la vie! Et seule, après tant de sacrifices de tendresse et d'argent, la vieille femme devait mourir sans la consolation d'être aimée, sauf par son fils, de la famille nouvelle que son dévouement avait fait subsister: c'était la vie! l'étroite, l'inepte et inexorable vie!…

Cette pensée lui déchira le coeur; il pleura.

Mme de Mercy, au bout d'une heure, sortit de sa prostration; il se pencha sur elle:

—Mère, dit-il doucement, mère, c'est moi, ton fils.

Il rencontra un oeil sans pensée; la bouche livide resta muette. Odile fit prendre à sa maîtresse la potion ordonnée, écarta André du lit, donna quelques soins minutieux.

Quand ce fut fait, il revint et se rassit accablé.

À deux heures, il n'avait encore rien pris. La vieille bonne, qui s'en doutait, le tira par la manche et, dans le salon à côté, lui servit un bouillon.

—Merci, Odile,—dit André, et il ne put manger.

—Allons,—dit-elle bourrue,—dépêchez-vous, ce sera froid!