Un jour vint où tout courage lui manqua.

Il eut alors des idées morbides, de maladie et de mort.

Ce n'était pas la première fois qu'il éprouvait cette consomption morale, ce dégoût quotidien, chaque jour plus amers. Déjà, adolescent, après la mort de sa soeur, il avait connu cette lassitude de vivre, ces obsessions funèbres qui hantaient derechef son sommeil et ses veilles. Et il avait été long à guérir.

Aujourd'hui, qu'il était homme, le même mal l'envahissait.

À tort ou à raison, il croyait sa carrière faite, et sans issue.

De quel côté se tournerait-il, en effet?

Le mariage, cet espoir auquel il s'était rattaché, lui semblait désormais impossible, depuis qu'il avait reconnu que Germaine ne lui convenait point. Certes, il était d'autres femmes, mais où les trouver? comment les connaître? Dans la rue? dans un magasin? dans un salon? André n'allait point dans le monde, ne connaissait personne. Ceux qui auraient pu l'aider ne se prêtaient point à un mariage d'amour pauvre. Puis, timide, il se défiait de lui-même. Prêt à se contenter du lot de bonheur que le hasard ou l'amitié lui eût procuré, il n'eût point su se tailler lui-même, à travers les événements, sa part de gloire, de richesse ou d'amour.

Il attendait et, rien ne venant, la patience lui échappait devant l'avenir, les années mortes.

De plus, avec sa mère, il en était arrivé à un état de crise aiguë; ce n'étaient plus entre eux, que contradictions, qu'aigreurs. Parfois, plein de honte, il redevenait bon et tendre, et elle-même dépouillait son ton acerbe; mais bientôt, cessant de s'entendre, ils recommençaient à souffrir.

Le bureau enfin lui parut intolérable.