Marthe vint instinctivement rôder près de son père, guettant un sourire; dès qu'elle en vit un, elle sauta dans ses bras, s'installa sur ses genoux, et lui tout doucement lui fit faire à cheval, tandis que Toinette discrète, ajoutait des points à une broderie, qu'elle avait toujours dans sa poche.

André, parmi les siens, dans ce calme cercle de famille, étouffait, pensant à l'autre, qui, à côté, solitaire, agonisait. Impatient, il attendait que le prêtre se retirât. Celui-ci, introduit par Odile, s'inclina devant la jeune femme, sourit aux enfants et s'adressant à André:

—Du courage, monsieur. Dieu vous éprouve cruellement, mais votre mère est une sainte, et la miséricorde éternelle lui rend justice en l'appelant au ciel!—Il changea de ton et plus bas:

Je vais revenir administrer les derniers sacrements!

André le suivit dans le corridor, il aperçut des robes de religieuses attirées par la mort, il ne trouva rien à dire au prêtre, qui s'en alla à grands pas, comme si l'heure pressait.

Il rentra chez sa mère; elle avait un air de beauté calme, de repos et de méditation. Il n'osait la troubler; ce fut elle qui, sans bouger la tête, dirigeant seulement son regard vers lui, murmura:

—André!

Il s'agenouilla, elle sourit lentement.

—Courage, André! ce n'est qu'une séparation. Je dirai à Lucy que tu l'aimes toujours. Je sais que tu m'aimes moi, et je m'en vais tranquille. Tu es un bon mari, sois un bon père… allons, enfant, ne pleure pas… Qu'est-ce qu'un voyage? quelques années à peine?

Et calme, comme pour un départ ordinaire, elle ajouta d'une voix très simple: