Les enfants, sur ce mot, entrèrent, guidés par Marie et souhaitèrent le bonsoir; ils avaient des cheveux emmêlés et des yeux gros de sommeil. Leur vivacité était tombée; debout, les bras ballants, ils se tenaient dans une pose d'abandon, avec un gauche sourire.

La porte refermée, l'entretien reprit; et peu à peu, gagné à la sympathie franche de ces honnêtes gens, André se confessa entièrement, et s'adressant surtout à Mme Crescent, dont les yeux le plaignaient, il dit sa situation particulière, vis-à-vis du monde et de sa mère, combien il était seul, et à bout de courage. Une pudeur l'empêcha d'avouer qu'il venait d'échapper au suicide: il l'eût dit au mari, il n'osa le dire à la femme.

Il y avait tant de sincérité dans sa voix, une si grande lassitude morale, et en même temps, une telle bonne volonté à lutter pour l'avenir, que les Crescent, touchés, échangèrent un regard, et le mari s'écria:

—Nous allons le marier, Fanny! donne-moi l'album!

Elle partit d'un éclat de rire encore jeune et clair, et regardant André surpris et souriant, elle dit:

—Mais tu n'y penses pas, mon ami.

—Pourquoi pas? nous avons presque tout Châteaulus dans notre album; et d'ailleurs toi et moi nous connaissons toutes les familles, ce sera bien le diable si nous ne trouvons pas quelque chose.—Donne-moi l'album!

Alors on le chercha partout et on le découvrit, glissé derrière une commode.

Sous la lampe, l'album fut placé devant André; des figures défilèrent.

Et comme des montreurs de curiosités, les Crescent faisaient une glose, à chaque portrait. D'abord vinrent les grands-parents: