Un mois après, Crescent, de concert avec sa femme, prit un congé au ministère, et alla voir ses vieux parents, à Châteaulus, André devait arriver trois jours après, comme de passage, et loger chez Crescent; tout ce qui serait alors possible, on le tenterait.
Ce fut avec un sentiment d'angoisse inexprimable et une joie sourde et fébrile, qu'André, l'heure venue, se jeta dans le train qui l'emporta, à toute vapeur, vers la ville où ignorante de ses destinées, en province, Antoinette Rosin vivait.
IX
Sautant de wagon, André tomba dans les bras de Crescent, qui le mena chez son père.
—Tout va bien, répondait-il, j'ai sondé les parents. Quoique leur fille soit un peu jeune, ils consentiraient à un bon mariage. Nous irons dans la journée leur rendre visite.
—Et… se doute-t-elle?
—Ah! sait-on jamais? avec les jeunes filles…
Le long des vieilles rues cahoteuses, pavées de cailloux pointus, André, frappé de la vie morte de Châteaulus, éprouvait un indéfinissable malaise.
Loin de Paris, agissant si singulièrement, et entré dans l'inconnu, il s'étonnait, doutant de son identité, se demandant s'il rêvait et si c'était bien lui, André de Mercy, qui volontairement venait échouer en ce coin, pour y chercher un bonheur étroit et un amour de province. Puis il se troublait, pensant:
«Elle vit donc ici! Dans laquelle de ces maisons? Peut-être vais-je la rencontrer tout à coup. Qu'éprouverai-je alors? Et sera-t-elle conforme à mon idéal?»