Le lendemain Toinette constatait le désordre, l'excès des dépenses, elle eut une sévère explication avec la bonne, et l'accompagna dans ses achats. Elle fut vite édifiée.
Mme Ouflon ne pouvait se passer d'un bonnet neuf, elle marchait, dans la rue, à petits pas, d'un air indifférent, comme une vieille dame sortie en coiffure du matin.
Très digne, elle achetait ce qu'il y avait de meilleur, comme pour elle, sans marchander; les fournisseurs la prenaient pour une rentière.
Toinette s'apercevant du manège, bouscula Mme Ouflon, mais celle-ci se mit à sangloter dans la rue, disant qu'elle n'avait pas été toujours en condition, et que quand Polyte serait sous-chef de gare, elle partirait avec lui dans un fiacre à deux chevaux.
Toinette ne la gronda plus.
Mais c'était elle-même qu'André reprenait doucement. Il sentait leur petit ménage aller à la dérive, les dépenses s'accumuler; beaucoup de provisions étaient perdues, on laissait la bonne les revendre. Elle troquait ainsi au marché, des portions de viande, de poisson, contre des assiettes de moules, qu'elle dégustait avec ravissement, en essuyant ses yeux rouges, et en soupirant après un avenir meilleur.
Malgré leur tendresse, Toinette et André sentaient bien que les choses allaient de travers, et qu'il fallait enrayer. Ils avaient été souvent au théâtre; maintenant que l'argent manquait, ils passaient leurs soirées ensemble. Il lisait tout haut, elle n'écoutait pas. Rarement ils parlaient du désarroi de leur petit ménage, mais ils y songeaient. Une fois André s'écria, en pensant au besoin d'argent:
—Ouf! il est temps que ma mère revienne!
Toinette lui jeta un regard vif comme un éclair, et s'enferma dans un silence têtu. Avait-elle cru à une arrière-pensée d'André, et qu'il souhaitait que sa mère dirigeât leurs affaires? Les jeunes femmes ont de ces défiances. D'ailleurs c'était avec appréhension qu'elle attendait de connaître Mme de Mercy. Que seraient-elles, l'une pour l'autre? Et sans savoir, d'avance, elle aimait peu sa belle-mère inconnue.
André murmura, pensif: