Le monde est en ruine:
Bonnaire[27] est sans argent!!
Note 25:[ (retour) ] Eug. Lerminier (1803-1851), philosophe et jurisconsulte.
Note 26:[ (retour) ] Charles Magnin, érudit et polygraphe.
Note 27:[ (retour) ] Le plus fort actionnaire de la Revue, à cette époque. (Note de M. de Lovenjoul.)
Nous retrouverons dans la suite plusieurs de ces noms diversement célèbres. L'un d'eux mérite de nous retenir encore. Depuis deux ans, avant comme après sa courte liaison avec Mérimée, George Sand, nous l'avons dit, avait pour grand ami Gustave Planche. Il avait succédé près d'elle à Henry de Latouche[28], dans le rôle d'inspirateur, de conseiller littéraire. Nul doute qu'il n'en devint sincèrement amoureux; mais elle le maintint dans l'ordre platonique. Il avait du moins deviné son génie.
Note 28:[ (retour) ] H. Thabaut de Latouche (1786-1851), compatriote de George Sand et son parrain dans les lettres, eut un moment de célébrité, comme poète, romancier, dramaturge et journaliste. Il édita les oeuvres d'André Chénier en 1819.
Elle eut un guide précieux en ce bourru bienfaisant qui est resté comme le type du critique intraitable et brutal. Ses livres, qu'on ne lit plus, tiennent encore leur place dans l'évolution littéraire du siècle. Avec ses dons sérieux il eut la plus saine influence sur l'éducation du goût, dans son obstination réactionnaire contre les excès du Romantisme. Mais son rôle échoua par la confusion même que ses attaques laissaient dans l'opinion, de la personnalité et de l'oeuvre de ses victimes. Vingt ans après, George Sand a longuement parlé de lui: «Il me fut très utile, dit-elle, non seulement parce qu'il me força par ses moqueries franches à étudier un peu ma langue, que j'écrivais avec beaucoup trop de négligence, mais encore parce que sa conversation, peu variée mais très substantielle et d'une clarté remarquable, m'instruisit d'une quantité de choses que j'avais à apprendre pour entrer dans mon petit progrès relatif.
«Après quelques mois de relations très douces et très intéressantes pour moi, j'ai cessé de le voir pour des raisons personnelles, qui ne doivent rien faire préjuger contre son caractère privé, dont je n'ai jamais eu qu'à me louer en ce qui me concerne[29].»
Note 29:[ (retour) ] Histoire de ma vie, 5e partie, ch. VI. Paris, Calmann Lévy.