Note 90:[ (retour) ] Nous avons conté (p. 68) comment elle avait entraîné le poète.

Note 91:[ (retour) ] Ici quatre mots effacés par George Sand au crayon bleu.

Note 92:[ (retour) ] Revue de Paris du 1er nov. 1896.

Voilà des accusations dont il convient de tenir compte. Pourtant, au lendemain de la crise, quand Musset est rentré à Paris, et qu'à son silence elle a craint un moment de l'avoir perdu, ne lui a-t-elle pas écrit: «Oh! mon enfant! mon enfant! que j'ai besoin de ta tendresse et de ton pardon! Ne me parle pas du mien, ne me dis pas que tu as eu des torts envers moi; qu'en sais-je? Je ne me souviens plus de rien sinon que nous avons été bien malheureux et que nous nous sommes quittés[93]...»

Note 93:[ (retour) ] Revue de Paris du 1er nov. 1896, p. 7.

Musset également, en parlant de Venise, désespéré d'elle et de lui-même, ne lui jette-t-il pas cet aveu «qu'il a mérité de la perdre[94]»..._—Lettres d'amants encore enchaînés l'un à l'autre!—C'est par des documents plus précis que nous parviendrons à reconstituer le vraisemblable de leur navrante histoire.

Note 94:[ (retour) ] V. plus loin.

Voilà donc le docteur Pagello en relations suivies avec George Sand et Alfred de Musset (février 1834), tout heureux de se rapprocher enfin de la belle étrangère de l'hôtel Danieli. Rendons la parole à son journal.

Si je fus assidu au lit de ce malade, vous pouvez l'imaginer. George Sand veillait avec moi des nuits entières, à son chevet. Ces veillées n'étaient pas muettes et les grâces, l'esprit élevé, la douce confiance que me montrait la Sand, m'enchaînaient à elle tous les jours, à toute heure et à chaque instant davantage. Nous parlions de la littérature, des poètes et des artistes italiens; de Venise, de son histoire, de ses monuments, de ses coutumes; mais à chaque nouveau trait, elle m'interrompait en me demandant à quoi je pensais. Confus de me sentir surpris à être ainsi absorbé, en causant avec elle, je me prodiguais en excuses, devenant rouge comme braise, tandis qu'elle me disait avec un sourire presque imperceptible et un regard de la plus fine expression: «Oh! docteur, je vous ennuie beaucoup avec mes mille questions!» Je restais muet.

Un soir qu'Alfred de Musset nous pria de nous éloigner de son lit parce qu'il se sentait passablement bien et avait envie de dormir, nous nous assîmes à une table près de la cheminée.

Eh bien! madame, lui dis-je, vous avez l'intention d'écrire un roman qui parle de la belle Venise?

—Peut-être..., répondit-elle, puis elle prit un feuillet et se mit à écrire avec la fougue d'un improvisateur. Je la regardais étonné, contemplant ce visage ferme, sévère, inspiré; puis, respectueux de ne pas la troubler, j'ouvris un volume de Victor Hugo qui était sur la table, et j'en lus quelques passages sans pouvoir y prêter la moindre attention. Ainsi passa une longue heure. Finalement, George Sand déposa la plume et, sans me regarder ni me parler, elle se prit la tête entre les mains et resta plus d'un quart d'heure dans cette attitude, puis, se levant, elle me regarda fixement, saisit le feuillet où elle avait écrit et me dit: «C'est pour vous.» Ensuite, prenant la lumière, elle s'avança doucement vers Alfred qui dormait, et s'adressant à moi:

—Vous paraît-il, docteur, que la nuit sera tranquille?

—Oui, répondis-je.

—Alors vous pouvez partir, et au revoir demain matin.

Je partis et rentrai droit à mon logis où je m'empressai de lire ce feuillet...