Note 150:[ (retour) ] Lettre du 7 mars, publiée par M. Clouard, article cité, p. 737.
IX
A peine rentrée à Nohant, George Sand écrit à Sainte-Beuve (13 mars 1835). Elle lui reproche doucement de l'avoir abandonnée durant ces tristes semaines: sans doute l'ennuyait-elle, ou du moins se jugeait-il impuissant à la consoler. Il s'est exagéré la virilité de sa douleur. Maintenant elle est calme. Elle est partie avec la conscience de ne laisser derrière elle aucune amertume justifiée. Elle va travailler pour renaître.
Dans une lettre de la même date, elle gronde son fidèle Boucoiran, de lui mal parler de Musset. Jamais aucun mépris pour lui n'est entré dans son coeur. «Vous me dites qu'il se porte bien et qu'il n'a montré aucun chagrin. C'est tout ce que je désirais savoir... Tout mon désir était de le quitter sans le faire souffrir. S'il en est ainsi, Dieu soit loué[151]!»
Note 151:[ (retour) ] Lettre du 15 mars, publiée par Mme Arvède Barine.
Elle eut alors une crise de foie, puis entra dans l'indifférence.
Alfred de Musset, apaisé par une résolution désormais acceptée de son coeur, se mit au travail avec énergie. Cette année 1835, la plus austère de sa vie, en fut la plus féconde.
La passion, qu'il avait accueillie comme une purification de sa jeunesse dissipée, l'avait transformé en le faisant souffrir. Il était grave: le Musset «d'avant l'Italie» avait fait place au Musset «d'après George Sand». Un poète nouveau allait surgir. Trop faible pour chanter pendant la tourmente, son coeur en s'épurant avait instruit le recueillement de son génie. La mélancolie et la résignation permettaient un libre et pur essor à sa voix.
J'ai vu le temps où ma jeunesse
Sur mes lèvres était sans cesse,